4 millions de seniors en perte d’autonomie en 2050 ?


Du simple au double ! En 2015, la France comptait près de 2,5 millions de seniors en perte d’autonomie, soit 15,3 % des personnes de 60 ans ou plus, considérée comme « sévère » pour 700 000 d’entre elles. Logiquement, plus l’âge est élevé, plus le risque de dépendance augmente ; ainsi 30,2 % des individus de 75 ans ou plus sont concernés, contre 6,6 % des 60-74 ans. Selon une étude de l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques), publiée le 25 juillet 2019, leur nombre pourrait avoisiner 3 millions en 2027 et 4 millions en 2050. En cause, notamment ? L’arrivée des « baby-boomers aux grands âges ».

 

Pic dans la Creuse et en Guadeloupe

Dans cette étude, un senior est considéré en perte d’autonomie s’il est confiné au lit ou dans un fauteuil et/ou rencontre une altération des fonctions mentales, ou encore s’il a besoin d’aide pour se déplacer, s’habiller, faire sa toilette... Une situation particulièrement courante dans les départements du Massif central, avec près de 21 % de seniors concernés dans la Creuse. A contrario, ils sont seulement 11,6 % à Paris. « En général, la structure de la population influe sur les taux de prévalence de la dépendance », constate l’étude. Mais il y a toujours des exceptions... La part de seniors en perte d’autonomie est, par exemple, plus élevée dans les DROM-COM qu’en France métropolitaine : 19,1 % en moyenne, et même jusqu’à 20,6 % en Guadeloupe. Pourtant, ils sont beaucoup plus jeunes dans les départements ultramarins.

 

Offres inégalitaires sur le territoire

Ces derniers ont toutefois le taux de seniors de plus de 75 ans vivant en institution (EHPAD*, résidence autonomie...) le plus faible du pays : 3,1 % contre 8,8 %, en moyenne. Explication : ces départements disposent d’une offre de places plus faible que la moyenne nationale, à savoir 1,6 place pour 100 seniors, contre 4,7. Paris est également en-dessous avec 3,2 places. A contrario, en Lozère, 15,7 % d’entre eux vivent dans des établissements spécialisés. Ces chiffres révèlent d’importantes disparités sur le territoire. « Du fait de ces facteurs d’offre, et parce que la majorité des personnes en perte d’autonomie se trouve à domicile, les départements présentant les plus forts taux de seniors vivant en institution ne correspondent pas aux départements ayant les plus forts taux de perte d’autonomie », souligne l’étude.

 

Réagir au manque de place en institution

Selon l’étude, le taux de prévalence national de seniors en perte d’autonomie augmentera à partir de 2027, passant de 14,8 % à 16,4 % en 2050, après avoir connu une légère baisse. Une hausse particulièrement criante dans les DROM-COM (+4,2 %, contre 1 % en métropole). Cet écart serait le résultat d’un vieillissement plus important de la population âgée, qui passerait de 71,4 ans en 2015 à 76,9 ans en 2050 (+ 5,5 ans), contre 72,1 à 75,1 ans au niveau national (+ 3 ans). Le hic, selon les chercheurs, c’est que « l’amélioration de l’état de santé moyen à chaque âge ne compenserait pas l’effet de structure de l’arrivée aux grands âges des baby-boomers ». A l’heure actuelle, environ 600 000 personnes sont hébergées de façon permanente en institution. Un nombre qui devrait s’accroître de 0,8 % par an, en moyenne, jusqu’en 2021 pour dépasser les 700 000 en 2030 et 900 000 en 2045. Si le manque de places dans les établissements spécialisés est d’ores-et-déjà pointé du doigt, qu’en sera-t-il dans 30 ans ? Selon les auteurs de l’étude, la France devra alors faire un choix : « ouvrir massivement des places en EHPAD ou modifier le partage de la prise en charge entre domicile et établissements », une évolution qui rejoindrait l’objectif affiché des politiques publiques de favoriser le maintien à domicile.

 

* Etablissement pour personnes âgées dépendantes