Mardi 13 mars 2018, Colette Bourlier, une ancienne institutrice de 91 ans, a soutenu avec brio sa thèse, dans l’université de Franche-Comté qu’elle avait fréquentée il y a plus de soixante-dix ans ! Pendant deux heures, la vieille dame a présenté son travail : «Les travailleurs immigrés à Besançon dans la seconde moitié du XXe siècle». Le jury lui a attribué la mention « très honorable ». Peu à l’aise avec les ordinateurs, la nonagénaire a entièrement rédigé les 400 pages à la main, tableaux et graphiques inclus. Le maire de la ville, présent pour l’évènement, a rendu hommage et remis la médaille de la ville à cette étudiante pas vraiment comme les autres.

30 ans de recherches

«J’ai fait du mieux que j’ai pu». Modeste, Colette Bourlier a pourtant toutes les raisons de ne pas l’être. Il lui aura fallu trente ans et trois directeurs de thèse pour que ses recherches aboutissent. Aujourd’hui, une thèse doit être menée dans un temps limité, trois ans environ, mais ce n’était pas le cas en 1985 lorsque Collette obtient son diplôme de recherche appliquée -qui n’existe plus à l’heure actuelle-, qui autorise les étudiantes ne venant pas du monde universitaire à réaliser une thèse sans limite de temps. Très investie dans l’accueil et l’alphabétisation des personnes immigrées, la doctorante a décidé de commencer son travail au moment de sa retraite, en 1983.

Un travail d’investigation

 C’est un travail de titan, qui plus est transdisciplinaire, qu’a mené Colette Bourlier pendant ses trente dernières années. La Franc-comtoise s’est penchée sur la problématique des travailleurs immigrés, en s’intéressant de plus près aux différentes nationalités, à l’accueil qui leur est réservé mais également à leur implication dans la vie économique locale. L’un des membres du jury explique que son travail deviendra un «incontournable sur le sujet… C’est de la géographie, de l’économie, de la sociologie, de l’histoire mais aussi des sciences politiques.» Selon son dernier directeur de thèse, la vieille dame «est sans doute la seule à connaître ces dispositifs à ce point et à être capable d'en faire une telle synthèse, qu'elle a complétée par des travaux d'analyse de statistiques. » Heureuse d’avoir mené à bien son projet, la nonagénaire a confié vouloir maintenant se reposer et « vivre une vie normale.»

© Capture d’écran Twitter L’Est républicain